La FFP a la tristesse d’apprendre la disparition d’Isabelle Auricoste suite à une longue maladie. Nous saluons sa carrière professionnelle, placée sous le signe d’une action engagée, elle qui a formé et marqué plusieurs générations de paysagistes à Versailles et à Bordeaux.
Le texte anonyme non signé volontairement, a été rédigé par un collectif de personnes proches d’Isabelle
Isabelle Auricoste (1941-2026)
Nous venons d’apprendre avec une profonde tristesse le décès d’Isabelle Auricoste, survenu le 20 octobre 2026 à l’âge de 85 ans.
Couronnée du Grand Prix du paysage en 2000, notre regrettée collègue a été l’une des figures majeures de la profession de paysagiste en France durant ce dernier demi-siècle.
Après des études d’urbanisme, d’histoire de l’art et d’anthropologie, elle avait intégré en 1961 la Section paysage de l’École d’horticulture de Versailles. Proche d’Henri Lefebvre et de Jean Baudrillard, elle fonda avec eux et son mari Hubert Tonka la revue Utopie (1967-1978). Dans les années 1960 et 1970, elle fit ses premières armes de conceptrices sur le terrain de l’aménagement des Z.U.P. et des grands ensembles (Sartrouville et Bobigny).
Son activité de maîtrise d’œuvre, qui se poursuivit par la suite dans des domaines variés, est marqué par des coopérations étroites avec des concepteurs tels qu’Yves Brunier (1962-1991) et Jean Nouvel (l’un et l’autre impliqués avec elle dans l’aménagement de la gare de Tours), ainsi qu’avec son ancien élève Lionel Hodier qui la rejoint dans l’agence Mandragore, qu’elle fonde au cœur de la campagne charentaise en 1991. Certaines de ses principales réalisations concernent le domaine des Jardins historiques, auquel l’a conduit sa passion pour l’Angleterre et les œuvres des grands représentants de la pratique du landscape gardening.
On lui doit notamment la restauration du parc de Georges Sand à Nohant, avec la collaboration de l’historienne Monique Mosser ; celle du parc du château de Dampierre-sur-Boutonne (1997) et de l’ancienne habitation coloniale de Maison Rouge à Saint-Louis de La Réunion. Elle-même profondément attachée à un mode de vie rustique, habitante du village charentais de Theil-Rabier où elle vivait entourée de ses chiens, ses poules et ses oies, elle se passionna également pour les territoires ruraux et agricoles, réalisant différents projets qui abordent le paysage comme outil et levier du projet territorial, comme elle le fit dans la vallée de la Vézère. Et c’est tout naturellement qu’à la fin de sa carrière elle devint une très active élue locale, présidente du SCOT et vice-présidente du syndicat du Pays Ruffecquois (90 communes).
L’un des héritages les plus précieux que laisse Isabelle Auricoste est sans nul doute son apport à l’enseignement du paysage et à la conception d’une pédagogie dédiée à la formation des paysagistes, qu’elle a toujours regardée comme une pédagogie en mouvement, devant s’adapter à l’évolution rapide d’une profession en pleine construction. Après 10 années passées à enseigner à l’ENSP de Versailles, elle choisit à partir de 1991 de se consacrer à la mise en place de la formation des paysages DPLG ouverte à partir de cette date dans ce qui deviendra l’ENSAP de Bordeaux. Elle y enseignera jusqu’à sa retraite, y jouant le rôle d’une personnalité fédératrice, s’employant à articuler les apports des paysagistes concepteurs et des chercheurs en sciences sociales et écologiques, passionnées qu’elle était par la construction de ces interfaces entre pratique du projet et de la recherche.
On doit également à Isabelle Auricoste d’avoir fondé avec Monique Mosser et Janine Christiany, à l’École d’architecture de Versailles, la seule formation (aujourd’hui de niveau post-master) existant en France sur les jardins historiques et leur restauration.«